Règles de priorité en mer : la méthode des 3 questions (2026)
Qui s'écarte ? Voilier, moteur, rattrapage, croisement : la méthode des 3 questions du barreur, les phrases à retenir et les 5 pièges du QCM permis côtier.

Fiche mémo RIPAM 2026
Qui s'écarte ? Trois questions, et la réponse tombe
Les règles de barre et de route tiennent en une méthode simple, valable à la barre comme devant le QCM. Voici les trois questions à se poser, les phrases à retenir et les pièges classiques de l'examen.
La méthode
3
questions, toujours dans le même ordre
Rattrapage
22,5°
sur l'arrière du travers : vous rattrapez
Face à face
Tribord
chacun vient à droite, un son bref
Un voilier arrive sur votre gauche, une vedette sur votre droite, et vous ne savez plus qui doit laisser passer qui ?
C'est normal : on vous a appris une « hiérarchie » et une « priorité à droite », mais pas dans quel ordre les appliquer.
Les règles de barre et de route du RIPAM (le Règlement international pour prévenir les abordages en mer) sont pourtant logiques. Cette fiche mémo vous donne une méthode en trois questions, qui fonctionne pour toutes les situations du QCM, et les cinq pièges qui coûtent des points chaque année.
Sommaire rapide
- Oubliez le mot « priorité »
- Avant tout : y a-t-il risque d'abordage ?
- La méthode des 3 questions du barreur
- Le tableau récapitulatif
- Ce que chaque navire doit faire ensuite
- Le cas du chenal étroit
- Les 5 pièges du QCM
- FAQ finale
Oubliez le mot « priorité »
Le RIPAM ne parle jamais de « navire prioritaire ». Il distingue :
- le navire non privilégié, qui doit s'écarter de la route de l'autre ;
- le navire privilégié, qui doit maintenir son cap et sa vitesse (règle 17).
La nuance compte. Être privilégié n'est pas un droit de passage : c'est une obligation de rester prévisible pour que l'autre puisse manœuvrer. Et si l'autre ne fait rien, le privilégié doit à son tour agir pour éviter l'abordage. Nous y reviendrons.
Retenez la règle simple :
En mer, personne n'a « la priorité ». L'un s'écarte, l'autre tient sa route.
Avant tout : y a-t-il risque d'abordage ?
Les règles de barre ne s'appliquent que s'il existe un risque d'abordage. Comment le savoir ?
- Vous relevez l'autre navire par rapport à un point fixe de votre bateau (un chandelier, un hauban).
- Si son relèvement ne change pas alors que la distance diminue, vous êtes en route de collision.
- En cas de doute, le risque existe : c'est la règle 7, mot pour mot. Le RIPAM précise aussi que la veille visuelle et auditive doit être permanente (règle 5).
La méthode des 3 questions du barreur
Posez-vous toujours ces trois questions dans cet ordre. Dès qu'une question donne la réponse, inutile d'aller plus loin.
Question 1 : l'un de nous rattrape-t-il l'autre ?
C'est la première question, parce que la règle du rattrapage (règle 13) l'emporte sur toutes les autres.
- Vous rattrapez un navire si vous arrivez sur lui depuis un secteur situé à plus de 22,5° sur l'arrière de son travers. De nuit, c'est le secteur où vous ne voyez que son feu de poupe blanc, sans ses feux de côté.
- Le navire qui rattrape s'écarte. Toujours. Même si c'est un voilier qui rattrape un bateau à moteur.
- Ce devoir dure jusqu'à ce que le navire rattrapé soit paré et clair, même si l'angle change en cours de dépassement.
- Dans le doute sur votre position (rattrapage ou croisement ?), le RIPAM tranche : considérez que vous rattrapez.
Si personne ne rattrape personne, passez à la question 2.
Question 2 : sommes-nous de la même catégorie ?
Si vos deux navires sont de catégories différentes, c'est la hiérarchie de la règle 18 qui s'applique. Un navire à propulsion mécanique faisant route s'écarte, dans l'ordre :
- d'un navire non maître de sa manœuvre ;
- d'un navire à capacité de manœuvre restreinte (dragueur, poseur de câble, remorqueur gêné par sa remorque…) ;
- d'un navire en train de pêcher (chalutier, fileyeur au travail — pas le plaisancier à la ligne) ;
- d'un navire à voile.
Le voilier, de son côté, s'écarte des trois premiers. Le navire en train de pêcher s'écarte, autant que possible, des deux premiers.
Phrase à retenir, du plus privilégié au moins privilégié :
« Non maître, Restreint, Pêche, Voile, Moteur. »
Deux précisions qui tombent à l'examen :
- Un voilier qui fait route à la voile et au moteur est un navire à propulsion mécanique (règle 3). Il doit d'ailleurs montrer de jour un cône, pointe en bas, à l'avant (règle 25).
- Cette hiérarchie s'efface dans un chenal étroit et dans un dispositif de séparation du trafic, où des règles particulières s'appliquent (règles 9 et 10, voir plus bas).
Si vous êtes de la même catégorie, passez à la question 3.
Question 3 : même catégorie — quelle est la géométrie ?
Deux navires à propulsion mécanique :
- Routes directement opposées (règle 14) : chacun vient sur tribord pour passer bâbord contre bâbord. De nuit, vous voyez ses deux feux de côté et son feu de tête de mât en même temps. Dans le doute, considérez que vous êtes face à face.
- Routes qui se croisent (règle 15) : celui qui voit l'autre sur son tribord s'écarte, et évite si possible de lui couper la route par l'avant. De nuit, le navire non privilégié voit le feu rouge de l'autre ; le privilégié voit son feu vert.
Phrase à retenir : « Rouge je m'écarte, vert je garde. »
Deux voiliers (règle 12) :
- Amures différentes : bâbord amures s'écarte (le voilier qui reçoit le vent de bâbord, donc grand-voile à tribord).
- Mêmes amures : le voilier au vent s'écarte de celui qui est sous le vent.
- Si vous êtes bâbord amures et que vous ne savez pas sous quelles amures navigue un voilier au vent de vous, vous vous écartez.
Le tableau récapitulatif
| Situation | Qui s'écarte | Règle RIPAM | Repère |
|---|---|---|---|
| Un navire en rattrape un autre | Le rattrapant, quelle que soit sa catégorie | 13 | Plus de 22,5° sur l'arrière du travers |
| Moteur et voilier (à la voile seule) | Le moteur | 18 | Voilier au moteur = moteur |
| Plaisancier et navire en train de pêcher | Le plaisancier, à moteur ou à voile | 18 | Engins à l'eau qui gênent sa manœuvre |
| Deux moteurs face à face | Les deux : chacun vient sur tribord | 14 | Un son bref chacun |
| Deux moteurs qui se croisent | Celui qui voit l'autre sur son tribord | 15 | Je vois son feu rouge : je m'écarte |
| Deux voiliers, amures différentes | Bâbord amures | 12 | Vent reçu de bâbord, grand-voile à tribord |
| Deux voiliers, mêmes amures | Le voilier au vent | 12 | Celui qui est le plus près d'où vient le vent |
Ce que chaque navire doit faire ensuite
Savoir qui s'écarte ne suffit pas : le RIPAM dit aussi comment.
Le navire non privilégié
Il manœuvre de bonne heure et franchement (règle 16). Concrètement (règle 8) :
- un changement de cap assez large pour être vu de l'autre, plutôt qu'une série de petites corrections ;
- une manœuvre qui permet de passer à bonne distance, et dont on vérifie l'efficacité jusqu'à ce que l'autre soit paré ;
- si vous venez sur tribord : un son bref au sifflet ; sur bâbord : deux sons brefs ; en marche arrière : trois (règle 34, détaillée dans notre fiche sur les signaux sonores).
Le navire privilégié
Il maintient son cap et sa vitesse (règle 17). Mais ce n'est pas un rôle passif :
- dès qu'il lui paraît évident que l'autre ne manœuvre pas comme il le devrait, il peut manœuvrer seul ;
- quand l'abordage ne peut plus être évité par la seule manœuvre de l'autre, il doit faire la manœuvre la plus propre à l'éviter ;
- dans un croisement entre deux bateaux à moteur, s'il manœuvre pour un navire situé sur son bâbord, il évite de venir sur bâbord : les deux manœuvres s'annuleraient.
Le cas du chenal étroit
Dans un chenal ou une voie d'accès étroite, la règle 9 remplace la géométrie habituelle :
- chaque navire serre la limite extérieure du chenal située à tribord, autant que c'est possible sans danger ;
- un navire de moins de 20 mètres ou un voilier ne doit pas gêner un navire qui ne peut naviguer en sécurité qu'à l'intérieur du chenal.
Autrement dit : à l'entrée d'un port de commerce, votre voilier de 9 mètres n'a aucun « privilège » sur le ferry qui sort. Vous restez à tribord, et vous le laissez passer. Le balisage latéral vous dit où est le chenal ; la règle 9 vous dit où vous placer dedans.
Les 5 pièges du QCM
| Le piège | La bonne réponse |
|---|---|
| 1. « Le voilier est toujours prioritaire » | Faux trois fois : s'il rattrape, il s'écarte ; s'il marche au moteur, c'est un navire à propulsion mécanique ; dans un chenal étroit, il ne gêne pas les navires qui y sont contraints. |
| 2. « Priorité à droite, comme en voiture » | Le réflexe est bon, la formulation est piégeuse. Retenez plutôt : je vois l'autre sur mon tribord, je m'écarte — et je ne lui coupe pas la route par l'avant. |
| 3. « Face à face, je viens à gauche, il y a plus de place » | Non : chacun vient sur tribord, pour passer bâbord contre bâbord. Et dans le doute sur la situation, on considère qu'on est face à face. |
| 4. « Je suis privilégié, je ne touche à rien » | Vous tenez cap et vitesse d'abord. Mais si l'autre ne réagit pas, vous pouvez, puis vous devez manœuvrer. |
| 5. « Il pêche à la ligne, je m'écarte » | Le « navire en train de pêcher » du RIPAM est celui dont les engins réduisent la manœuvrabilité (chalut, filets, palangres). Un plaisancier qui traîne une ligne n'en fait pas partie : les règles ordinaires s'appliquent. |
Pour l'examen, ces règles se combinent avec les fiches feux des navires la nuit et signaux sonores : une même question peut vous montrer des feux, vous demander qui s'écarte, puis quel signal il émet. La méthode des trois questions reste la même.
Sources officielles
- Règlement international de 1972 pour prévenir les abordages en mer (COLREG / RIPAM) — texte officiel en français, règles 5, 7, 8, 9, 12 à 18, 25 et 34, tel que reproduit dans le Règlement sur les abordages (Gouvernement du Canada)
- Texte du RIPAM publié par le ministère de la Mer (mer.gouv.fr, PDF)
- Le permis plaisance — l'examen théorique : quarante questions, cinq erreurs admises (mer.gouv.fr)
Informations à jour au 16 octobre 2026, données à titre indicatif : les formulations exactes figurent dans le texte officiel du RIPAM. Les phrases mnémotechniques et l'ordre des trois questions sont des outils pédagogiques, pas des termes réglementaires.
Pour aller plus loin :