Marées : lire l'annuaire avant de sortir en bateau (2026)
Heures, hauteurs, coefficient, marnage, météo : les 5 lignes de l'annuaire des marées à lire avant de sortir en bateau, et les 3 décisions à en tirer.

Pratique en mer 2026
L'annuaire des marées : 5 lignes à lire, 3 décisions à prendre
Aucun calcul de marée n'est exigé au permis côtier. Pourtant, c'est la marée qui décide si votre cale est praticable, si votre mouillage sera à sec et à quelle heure vous devez rentrer. Voici comment lire l'annuaire en deux minutes, avec les définitions officielles du SHOM.
Coefficient
20 à 120
au-dessus de 70, c'est une vive-eau
Cycle complet
12 h 25
d'une pleine mer à la suivante, en moyenne
Marnage
> 12 m
en vive-eau moyenne, baie du Mont-Saint-Michel
Vous avez votre permis, le bateau est prêt, la météo est bonne. Mais avez-vous regardé la marée ?
C'est normal d'hésiter : le permis côtier vous a appris le balisage, les feux et les règles de barre, pas à lire un annuaire des marées. Le calcul de marée est réservé à l'extension hauturière. Résultat : beaucoup de nouveaux plaisanciers découvrent la marée le jour où la cale est à sec, où le bateau touche au mouillage ou où le courant les empêche de rentrer.
Les chiffres de l'été le rappellent. Dans le bilan officiel du SNOSAN pour la saison 2025, les opérations pour isolement par la marée sont passées de 139 à 166, avec 580 personnes impliquées ; le pic, 18 opérations entre le 6 et le 10 août, est tombé au début d'une vive-eau. Sur la façade Manche–mer du Nord, la préfecture maritime annonçait mi-octobre 130 interventions de ce type pour l'été 2026, contre 80 en 2025.
Bonne nouvelle : pas besoin de la règle des douzièmes pour naviguer en sécurité en côtier. Il suffit de savoir lire 5 lignes de l'annuaire et d'en tirer 3 décisions.
Sommaire rapide
- Pourquoi la marée vous concerne dès la première sortie
- Les 5 lignes de l'annuaire, expliquées
- Les 3 décisions à prendre avant de larguer
- Le piège n° 1 : la marée descendante
- Et à l'examen ?
- FAQ finale
Pourquoi la marée vous concerne dès la première sortie
Le marnage, c'est la différence de hauteur entre une pleine mer et la basse mer qui suit. Sur les côtes françaises, il varie énormément. D'après le cours de marée du SHOM, le marnage en vive-eau moyenne passe d'environ 4 m au fond du golfe de Gascogne à 6 m à Brest et à plus de 12 m dans la baie du Mont-Saint-Michel. En Méditerranée, sur la côte sud de la France, il n'est que de 10 à 20 cm environ.
Concrètement : un plaisancier méditerranéen peut presque ignorer la marée. Un plaisancier de Manche ou d'Atlantique voit son port, sa cale et ses mouillages changer de visage toutes les six heures.
Retenez la règle simple :
Ce n'est pas la hauteur de la mer qui compte, mais la hauteur de la mer à l'heure où vous en avez besoin.
Les 5 lignes de l'annuaire, expliquées
Que vous utilisiez l'annuaire papier de la capitainerie, le site du SHOM ou une application, vous retrouverez toujours les mêmes informations. Voici celles qui comptent.
| Ligne | Ce que c'est | Ce que vous en faites |
|---|---|---|
| 1. Heures de PM et BM | Moment de la pleine mer (sommet) et de la basse mer (creux). | Caler la mise à l'eau, le mouillage et l'heure de retour. |
| 2. Hauteurs de PM et BM | Hauteur d'eau au-dessus du zéro hydrographique, en mètres. | Savoir s'il restera de l'eau sous la quille à basse mer. |
| 3. Coefficient | Indice de 20 à 120 qui mesure l'ampleur de la marée. | Anticiper des courants forts et des bancs qui découvrent. |
| 4. Marnage | Hauteur de PM moins hauteur de BM. | Mesurer de combien le plan d'eau va bouger pendant votre sortie. |
| 5. Fuseau horaire | UTC ou heure légale, indiqué en tête de l'annuaire. | Ne pas se tromper d'une ou deux heures. |
1. Les heures : un cycle de 12 h 25
Le SHOM l'explique ainsi : chaque maximum de la courbe de marée s'appelle pleine mer (PM), chaque minimum basse mer (BM). Entre les deux, la mer monte (le flux, ou montant) puis descend (le reflux, ou perdant).
Le cycle complet entre deux pleines mers dure en moyenne 12 h 25. Chaque jour, les horaires se décalent donc d'une cinquantaine de minutes. Comptez environ 6 heures entre une pleine mer et la basse mer suivante.
Première vérification : le fuseau horaire. Les prédictions du SHOM existent en UTC et en heure légale. Si votre annuaire est en UTC, ajoutez 1 h en hiver et 2 h en été. Un plaisancier qui oublie cette ligne rentre deux heures trop tard.
2. Les hauteurs : tout part du zéro hydrographique
Les hauteurs de l'annuaire sont comptées positivement au-dessus du zéro hydrographique (ZH), aussi appelé zéro des cartes. Le SHOM le place au voisinage des plus basses mers astronomiques : en pratique, la mer descend très rarement en dessous.
Ce même zéro sert de référence aux sondes de la carte marine. D'où une addition que tout plaisancier doit connaître :
Hauteur d'eau réelle = sonde de la carte + hauteur de marée du moment.
Exemple : une sonde de 1,5 m sur la carte et une basse mer annoncée à 0,8 m donnent 2,3 m d'eau à basse mer. Si votre bateau cale 0,9 m, vous flottez. Si la basse mer est à 0,2 m sur une sonde de 0,5 m, vous touchez.
3. Le coefficient : l'échelle de 20 à 120
Le coefficient de marée résume l'ampleur de la marée. D'après la fiche de prédiction du SHOM, les valeurs admises vont de 20 (morte-eau extrême) à 120 (vive-eau extrême), avec deux repères : 45 pour une morte-eau moyenne et 95 pour une vive-eau moyenne. En dessous de 70, on parle de morte-eau ; au-dessus, de vive-eau.
Trois choses à savoir :
- Le SHOM ne calcule le coefficient qu'à Brest : c'est ce même chiffre que vous lisez dans tous les annuaires de la côte française.
- Il n'est donné que pour les pleines mers.
- Les plus grandes marées surviennent un à deux jours après la pleine lune ou la nouvelle lune.
Plus le coefficient est élevé, plus le marnage est grand, plus les courants sont forts et plus les bancs découvrent à basse mer. Un coefficient de 100 n'a rien d'exceptionnel au printemps et à l'automne : il doit simplement vous rendre plus prudent sur les heures.
4. Le marnage : de combien le plan d'eau va bouger
Le marnage, c'est la hauteur de PM moins la hauteur de BM. Avec une PM à 7,2 m et une BM à 1,1 m, la mer va bouger de 6,1 m en six heures : un ponton flottant monte d'un étage, une plage de mouillage s'assèche sur des centaines de mètres.
Le marnage vous donne aussi une idée du courant : plus il y a d'eau à déplacer en six heures, plus le courant est rapide. La règle des douzièmes, au programme de l'extension hauturière, dit que la mer bouge le plus vite à mi-marée, vers la 3e et la 4e heure. C'est à ce moment-là que les courants sont les plus forts, et au voisinage de la pleine et de la basse mer qu'ils faiblissent.
5. La météo corrige l'annuaire
L'annuaire est une prédiction astronomique. Le SHOM prévient que les hauteurs observées peuvent s'en écarter : elles sont plus élevées que prévu par pression basse ou par vent du large, et plus basses par pression élevée ou vent de terre. Ces écarts, de l'ordre de quelques dizaines de centimètres, ne sont pas prévisibles longtemps à l'avance.
Vous combinez marée et météo ? Notre méthode go/no-go pour la première saison vous donne les 4 feux verts avant de sortir.
Les 3 décisions à prendre avant de larguer
Lire l'annuaire ne sert à rien si vous n'en tirez pas des décisions. Voici les trois qui comptent pour une sortie à la journée.
| Décision | La ligne de l'annuaire à regarder | L'erreur classique |
|---|---|---|
| 1. Quand mettre à l'eau | Heure et hauteur de BM : beaucoup de cales et de ports à seuil ne sont praticables qu'autour de la pleine mer. | Arriver à la cale avec la remorque… devant 200 m de vase. |
| 2. Où et comment mouiller | Hauteur de BM + sonde + pied de pilote pour la quille ; hauteur de PM pour la longueur de ligne. | Mouiller à pleine mer dans 3 m d'eau avec un marnage de 5 m. |
| 3. À quelle heure rentrer | Heure de BM et coefficient : eau suffisante au port, courant pas contraire à mi-marée. | Repartir à mi-marée descendante, contre le courant, avec un réservoir au quart. |
Décision 1 : la mise à l'eau
Avant de prendre la route, appelez la capitainerie ou lisez le panneau de la cale : beaucoup indiquent les hauteurs ou les heures de praticabilité. Un port à seuil ou un bassin à flot n'ouvre qu'autour de la pleine mer. Prévoyez la mise à l'eau et la remontée sur remorque : si vous partez à pleine mer, vous rentrerez vers la basse mer suivante, au pire moment.
Décision 2 : le mouillage
Au mouillage, vous jouez sur les deux hauteurs. Celle de basse mer, pour savoir s'il vous restera de l'eau sous la quille (sonde + hauteur de BM, moins votre pied de pilote). Celle de pleine mer, pour calculer la longueur de ligne à filer, car votre chaîne doit tenir au moment où l'eau est la plus haute. La méthode complète est dans notre article mouillage : la méthode simple.
Décision 3 : l'heure de retour
Fixez-la avant de partir, et écrivez-la. Deux questions : y aura-t-il assez d'eau au port à cette heure-là, et le courant sera-t-il avec vous ? Par fort coefficient, un retour à mi-marée contre le courant allonge le trajet et augmente la consommation. C'est le moment de relire notre check-list de première sortie, carburant compris.
Le piège n° 1 : la marée descendante
Tout ce qui se passe de grave avec la marée arrive en descendant. Un bateau qui touche à marée montante est renfloué dans l'heure ; un bateau qui touche au jusant reste posé jusqu'à la marée suivante, et peut se coucher. Une plage ou un banc qui découvre isole d'abord les promeneurs, mais aussi l'annexe laissée au sec et l'équipage parti à pied.
Les conseils relayés après le bilan 2026 de la façade Manche–mer du Nord, où la préfecture maritime fait des risques liés à la marée un axe de sa campagne 2027, tiennent en quatre gestes : consulter les horaires de marée, vérifier la météo, contrôler le matériel et prévenir un proche de votre programme. Elles valent pour une sortie en bateau comme pour une balade sur l'estran.
Si malgré tout vous touchez et que le bateau reste posé, le réflexe est le même que pour une panne moteur : gilets, bilan de la situation, et appel au CROSS sur le canal 16 si l'équipage est en danger.
Et à l'examen ?
Soyons précis, car c'est une question fréquente. Dans l'arrêté du 28 septembre 2007 qui organise le permis plaisance, le programme de l'option côtière ne comporte aucun calcul de marée. C'est l'extension hauturière qui exige « un calcul de marée par rapport à un port principal par la règle des douzièmes » et la prise en compte de la dérive due au courant.
En revanche, le programme côtier comprend la lecture de carte marine et les limitations de navigation. Or les sondes de la carte sont rapportées au zéro hydrographique, le même que celui de l'annuaire. Comprendre PM, BM, coefficient et marnage vous aide donc à lire la carte, et surtout à naviguer en sécurité dans la zone des 6 milles que votre permis vous ouvre.
Testez-vous sur une série de QCM du permis côtier, puis en conditions réelles avec un examen blanc.
Sources officielles
- Fiche « Prédiction de marée », groupe de travail hydrographie — coefficients de 20 à 120, repères 45 et 95, seuil 70, zéro hydrographique, cycle de 12 h 25 (SHOM / Refmar, mai 2024)
- Cours de marée, généralités — pleine mer, basse mer, flux et reflux, marnage, zéro des cartes, marnages de 4 m à plus de 12 m, Méditerranée 10 à 20 cm (SHOM / Refmar)
- Notice « Marées à la carte » — hauteurs au-dessus du zéro hydrographique, coefficient donné pour les pleines mers, fuseaux horaires, effet de la pression et du vent (SHOM, data.shom.fr)
- Arrêté du 28 septembre 2007 relatif au permis de conduire des bateaux de plaisance — programme de l'option côtière (art. 1.2) et de l'extension hauturière (art. 4.2), texte initial (bo.sga.defense.gouv.fr)
- SNOSAN — bilan de la saison estivale 2025, section « isolement par la marée » (mer.gouv.fr)
Bilan 2026 de la façade Manche–mer du Nord cité d'après la presse : Sécurité en mer : près de 1 000 opérations de sauvetage en Manche et mer du Nord durant l'été 2026 (Figaro Nautisme, 16 octobre 2026).
Informations à jour au 27 octobre 2026, données à titre indicatif : les prédictions de marée officielles sont celles du SHOM, et les conditions d'accès à un port ou à une cale sont fixées localement. Le pied de pilote et les trois décisions sont des recommandations pratiques, pas des obligations réglementaires.
Pour aller plus loin :